Démocratiser le numérique: un enjeu communal?

Il n’y a pas que la métropole connectée dans la vie…

Aujourd’hui, les réseaux numériques et les services qu’ils proposent sont devenus des infrastructures de première nécessité pour la grande majorité des citoyens et des travailleurs. Faute de volonté politique de défendre un service public du numérique, accessible, ouvert, démocratique et transparent, ces réseaux et ces services sont totalement aux mains de grands acteurs économiques qui échappent à tout contrôle démocratique et ont acquis un pouvoir majeur sur nos vies. En outre, le « capitalisme de données », qui repose sur l’accaparement des données privées des consommateurs (en oubliant qu’il s’agit aussi de citoyens) par des grandes entreprises à des fins commerciales (de Google à Linky en passant par Facebook) est également un problème pour nos libertés publiques. Il revêt une acuité particulière dans l’agglomération bordelaise, où l’intercommunalité « Bordeaux Métropole » semble mettre un point d’honneur à se comporter en fer de lance de la « ville intelligente », « connectée », « numérique » etc. – énième avatar d’un métropolisme obtus fondé sur le culte naïf des théories de la croissance par la concentration de « l’innovation » et de la « création » dans des « pôles de compétitivité ». En pratique, qu’il s’agisse de faire du zèle dans le déploiement du compteur Linky (dossier piloté par Anne Walryck, juppéiste du premier cercle et également adjointe à Bordeaux) ou d’arroser le lobby FrenchTech de subventions intercommunales (un des grigris préférés du maire Nicolas Florian quand il coiffe sa casquette de vice-président métropolitain à l’« attractivité économique, [à l’]emploi et [au] rayonnement métropolitain » – n’en jetez plus ! « , la politique locale du numérique repose sur l’inféodation aux intérêts du capitalisme de données.
Et pourtant, en l’absence de toute initiative sérieuse du gouvernement central en la matière, une grande ville comme Bordeaux a les moyens de proposer d’autres solutions aux habitants – et pour qui entend mener les communes de l’agglomération à construire des poches de résistance écosocialistes et démocratiques, cette possibilité devient un devoir. Puisque Bordeaux affiche depuis de nombreuses années son intérêt pour les nouvelles technologies, une politique numérique ambitieuse, financée en partie sur l’argent actuellement affecté à ces subventions, serait à la fois une confirmation de cet intérêt économique de Bordeaux pour le numérique, et un signal très fort d’une vision politique proprement socialiste de ce secteur d’activités, qu’il devient urgent d’opposer au modèle turbolibéral se revendiquant de la Silicon Valley.

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Certaines grandes villes européennes ont entrepris de déployer un accès internet public et gratuit sur leur territoire, permettant ainsi de soustraire les réseaux au monopole des exploitants privés et aux menaces qu’il font régulièrement peser sur la « neutralité du net » tout en restreignant leur capacité à surveiller les données des usagers. Il existe déjà un wifi public bordelais qui pourrait en constituer l’embryon. Le déploiement de bornes de routage supplémentaires doit donc être encouragé – tout en veillant à maintenir dans chaque quartier des espaces sans wifi (signalés comme tels) par égard pour les personnes demandant à pouvoir vivre sans un wifi omniprésent à toute heure. À cette réserve près, il devrait être envisageable de se fixer l’objectif d’un relais wifi sur chaque place publique de la ville à la fin de la mandature. Toutefois, il faut également noter que ce service, à l’heure actuelle, est délégué à un opérateur privé. Sur ce sujet comme sur d’autres, le mot d’ordre de gratuité n’a de sens que s’ils est compris comme une socialisation : la gratuité avec un opérateur privé relève simplement du transfert des coûts du consommateur vers le contribuable – sachant qu’il s’agirait, en l’occurrence, des mêmes personnes… L’avenir n’est pas au capitalisme de rentes subventionnées, mais à des dispositifs socialisés et donc entre les mains de la mairie.

Mais l’accès à internet n’est pas qu’une affaire de réseaux, loin de là. Ici aussi, on ne saurait confondre le mot d’ordre de gratuité avec celui d’accès universel. Celui-ci passe par une politique d’apprentissage et d’accompagnement comparable à ce que serait une politique municipale de la lecture. Elle inclurait notamment l’ouverture de points publics numériques où les habitants pourraient bénéficier de l’assistance d’employés municipaux, en particulier pour accomplir les démarches administratives que l’Etat demande aujourd’hui de réaliser en ligne en sachant pertinemment que les citoyens n’en n’ont pas tous la capacité ni même la possibilité. À cet égard,les médiathèques pourraient également devenir un lieu de pédagogie et d’apprentissage ouvert à tous et gratuit, avec le matériel nécessaire et suffisant pour permettre cette démocratisation des pratiques dans le domaine du numérique. Les subventions dédiées aux lobbys de l’économie numérique pourraient être réaffectées aux services publics si leur efficacité, régulièrement contestée dans l’enceinte même de l’intercommunalité, n’était pas mieux établie.

Pour ce qui est du détail des services numériques à proposer, il paraît souhaitable de s’appuyer sur les divers projets alternatifs, souvent locaux, coordonnés par le Collectif des Hébergeurs Alternatifs,Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires (CHATONS…). Ce collectif national encourage la création de fournisseurs d’accès à internet et d’autres services (mail, partage de fichiers…) et d’applications qui soient réellement entre les mains des citoyens et respectueux de leur vie privée.

Méfiez-vous des chatons…

En Gironde, deux projets indépendants existent déjà : Aquilenet et Sud-Ouest2.org. Les personnes à l’initiative de ces projets auraient vocation à être des interlocuteurs privilégiés pour une politique socialiste municipale du numérique, de même d’ailleurs que les associations militant pour l’internet libre et ouvert comme La Quadrature du Net. À terme, l’objectif doit être de développer un fournisseur d’accès bordelais à but non-lucratif qui proposerait des abonnements individuels ainsi qu’une suite de logiciels à prix modique incluant un navigateur et des services de courrier électronique et de partage de données, le tout dans le respect de la confidentialité des données privées.

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