Crises multiples dans la start up city : Bordeaux millionnaire contre Bordeaux populaire

La métropole millionnaire au coin de la rue

Les rues transversales situées entre le Cours de l’Argonne et la rue Saint-Genès sont une ligne de front de l’embourgeoisement, avec un ancien habitat d’échoppes (rehaussées, au fur et à mesure que l’on s’approche de la très bourgeoise rue Saint-Genès – voir carte). Un habitat de locataires de très longue durée (souvent modestes et vieillissants : c’est un quartier qui compte beaucoup de petits retraités aux revenus peu importants, et frappés par la hausse de la CSG) et de propriétaires résidents installés de longue date, y coexiste avec un nombre croissant d’étudiants et de néo-bordelais (comme votre serviteur à l’époque) logés avec un turn-over important dans les immeubles les plus grands, que des propriétaires bailleurs ont transformés en mini-résidences. Ces nouveaux locataires sont parfois très pauvres (notamment une partie des étudiants qui travaillent), parfois plus aisés que les anciens résidents âgés qu’ils remplacent. De façon générale, cette population universitaire, jeune et précarisée est souvent une pointe avancée de l’embourgeoisement (« gentrification » pour faire chic), c’est-à-dire de la relégation des pauvres aux marges des grandes villes. Les deux groupes s’ignorent pour l’essentiel, sauf le temps de conflits de stationnement et de poubelles qui débordent (problèmes qui sont eux-mêmes liés à l’augmentation de la densité de population) dans la rue. Les propriétaires résidents et les « vieux » locataires, par contre, se vivent globalement comme un même groupe homogène.

La coexistence de ces publics aux intérêts contradictoires (et aux comportements électoraux divergents) inscrit dans l’espace d’une rue la lutte sociologique (sociale) pour l’espace qui accompagne le développement de Bordeaux « métropole millionnaire » selon la mythologie CAME (compétitivité, attractivité, métropolisation, excellence, qui sous-tend la logique de la « start up nation »). En l’occurrence, la rue étant strictement résidentielle, on peut se contenter d’AME :

Attractivité : afflux de nouvelles populations adossées aux CSP+ (CSP+ en devenir et/ou enfants précarisés de CSP+)

Métropolisation : division spatiale du travail, avec la réduction des activités économiques du micro-quartier aux activités connexes des cités-dortoirs : laveries, agences immobilières, quelques épiceries ségréguées socialement (épicerie fine ne vendant que des produits dits du terroir vs épicier immigré dont un tiers de la surface de vente est occupée par les plats préparés, les surgelés, les friandises et les chips), (para-)pharmacies. Les pôles d’activité économique où travaillent les résidents du quartier sont à distance. La spécialisation du quartier est fonction de sa proximité immédiate avec le tram B sur un tronçon où les arrêts sont très rapprochés.

Excellence : le tram B est celui qui dessert tous les campus de la métropole. Le peuplement du quartier et le renouvellement démographique sont donc directement fonction de l’expansion du réseau des campus et de la transformation de Bordeaux en pôle d’excellence universitaire, aspirant un nombre croissant de bacheliers du grand sud-ouest.

Plusieurs de ces rues sont passées en stationnement résident payant au printemps 2017. Mes conversations avec les riverains m’ont permis de constater que beaucoup de locataires de longue durée, y compris quand ils ont peu de moyens, s’en sont ouvertement félicités en y voyant un moyen de nettoyer les rues des voitures-ventouses des étudiants du quartier (garées à la même place du dimanche soir au vendredi midi). La contestation du stationnement résident payant, dans ce micro-quartier, est venue des rues les plus riches. Personne n’a soulevé la question du devenir des voitures-ventouses ainsi chassées, du moment qu’elles allaient déranger ailleurs. La mairie a ouvert des parkings partagés à proximité, accessibles le soir et le week-end, qui ne profitent donc pas aux voitures-ventouses, sauf à pousser leurs propriétaires étudiants à se rendre au campus en voiture (ce qui est écologiquement désastreux) et à n’utiliser le parking que le soir. Le stationnement payant devient donc un instrument de régulation sauvage de l’habitat, en contradiction avec la politique de long terme de la métropole (attirer les étudiants et CSP+). Le désordre provoqué par la politique métropolitaine est donc régulé par des déplacements de populations sur des critères sociaux en utilisant des leviers qui sont ceux d’un marché (taxation dissuasive d’une part, « libre jeu » du marché de l’immobilier d’autre part).

Métropolisation et luttes sociales : Services publics, Ford et Gilets Jaunes

Plusieurs conflits lourds ont marqué l’actualité à Bordeaux depuis un an, avec des tentatives de convergences jusqu’à présent assez peu fructueuses.

La réorganisation projetée de la SNCF (grèves aux printemps 2018, et mobilisation régionale en avril 2019) comprend un volet national : partenariats public-privés juteux pour les grandes lignes reliant les métropoles, et maintien dans la sphère publique des lignes d’arrière-pays, mais à charge pour les collectivités territoriales de décider si elles les portent à bout de bras ou non, dans le cadre de leur stratégie économique et industrielle locale. Mais en outre, en Nouvelle-Aquitaine, pour des raisons finalement plus idéologiques que budgétaires, le PS a choisi de démanteler le réseau TER en le compartimentant en lots ouverts à la concurrence. Les lots non-rentables trouveront tout de même des acquéreurs puisque comme dans toute délégation de service public, un mécanisme de socialisation des pertes et d’indemnisation du prestataire ne manquera pas de transformer ces lignes déficitaires en rentes de situation pour la société délégataire privée. Dans le même temps, la région Nouvelle-Aquitaine laisse péricliter les petites lignes TER, en particulier dans l’ex-Poitou-Charentes et en Limousin, réduit les horaires d’ouverture des gares et supprime le tarif guichet à bord pour les usagers de TER privés de gare ouverte : ceux-ci seront dorénavant invités à réserver leurs billets sur smartphone. La mise en parallèle de ce désinvestissement et du grand projet de RER métropolitain (qui répond par ailleurs à une nécessité) montre bien que c’est toujours la logique de concurrence des territoires et de tout-métropolisation qui préside aux choix politiques de l’exécutif régional.

Au printemps 2018, les universités françaises ont été secouées par un mouvement d’ampleur inégale et de radicalité variable. Les facs les plus mobilisées sont aussi celles où le mouvement est le plus radical, avec une mise sur la touche plus ou moins discrète des appareils syndicaux nationaux classiques décrédibilisés par leur sujétion au PS. Le déclencheur en est la réforme « Parcoursup » de la licence et de l’accès à l’université (appariée à une réforme convergente du bac par J.M. Blanquer). Cette réforme ne vise pas tant à chasser les pauvres du supérieur qu’à détacher radicalement d’un côté les cursus longs, sélectifs, « innovants » et « excellents », réservés aux futurs « premiers de cordée », et de l’autre une nébuleuse de cursus courts de rétention (cursus publics paupérisés ou cursus privés subventionnés, indifféremment), débouchant sur des certifications de droit privé, pour un public d’exécutants en reconversion permanente. Elle a elle aussi une dimension géographique, puisque « l’économie de la connaissance » qui la sous-tend repose sur le mythe CAME et la mise en concurrence simultanée des personnes et des territoires : les métropoles concentrent l’excellence et l’attractivité économique, les cursus courts étant optimisés pour les populations des faubourgs périurbains et le monde rural, populations assignées à résidence. Il s’agit donc aussi d’une spécialisation sociale des territoires dans un but de réorganisation autoritaire et technoscientifique, mais aussi de production de profit (la CAME étant censée être une stratégie industrielle). Pour Bordeaux, cela signifie le choix du passage à l’hyper-sélection du côté de l’UB et des grandes écoles privées, mais sans pour autant vouloir faire baisser le nombre d’étudiants : on peut donc miser sur de prochaines campagnes destinées à attirer en nombre un nouveau public étudiant plus favorisé, venu de Paris ou de l’étranger, vers des établissements devenant peu à peu des boîtes à fric – avec ce que cela implique du point de vue de l’accélération de l’embourgeoisement urbain. Les frais d’inscription différenciés pour les étudiant·e·s étranger·e·s non-européen·ne·s annoncés à l’automne 2018 relèvent de la même logique, puisque les universités pourront opter pour plusieurs niveaux de surfacturation en fonction de leurs choix stratégiques et de leur positionnement de niche.

On pourrait également tenter une lecture de la réorganisation du paysage hospitalier ces dernières années, avec la fermeture des centres hospitaliers publics ruraux et de proximité (Robert Picqué notamment), à charge là encore pour les « acteurs locaux » de mettre en place des maisons de santé de proximité à leurs frais, et/ou de se spécialiser dans la prise en charge de la vieillesse et de la dépendance dans un service public paupérisé et concurrencé par des acteurs privés subventionnés (EHPAD essentiellement ; sans trop tirer sur la pelote, on peut aussi faire un parallèle avec la restructuration de la Poste en Gironde et aux fermetures massives de bureaux dans les quartiers populaires et les campagnes, au profit de points Poste mélangeant les genres entre public et privé). Dans le même temps, les moyens sont concentrés dans de grands CHU métropolitains, appliquant les méthodes de management du privé et spécialisés dans les pathologies longues, complexes et/ou rentables.

Une des spécificités de la situation sociale à Bordeaux tient à la lutte des ouvriers de Ford à Blanquefort, avec un syndicat CGT défendant une ligne de « Front Social ». Le dossier de Ford, et le service minimum de la part de la municipalité, montre bien que les projets de métropole intelligente, millionnaire, attractive etc., parce qu’ils sont pensés dans l’opposition au capitalisme industriel traditionnel et qu’ils reposent sur le mépris de classe envers le prolétariat ouvrier, se lavent les mains de l’emploi industriel français : la spécialisation des territoires consiste à réduire l’industrie des métropoles aux bureaux d’études. Il y a aussi un enjeu de classe pour soi et d’appropriation de la ville par une conscience ouvrière : les Ford, par leurs luttes passées et présentes, renvoient Bordeaux à son histoire ouvrière (l’autre part historique du Bordeaux populaire, la ville portuaire, ayant déjà été largement « nettoyée ») et à la communauté de destin entre les salariés de la ville (le tractage thématique au marché des Capucins, censément devenu une vitrine touristique, a permis d’entendre quantités de « j’ai un cousin / un oncle/ un frère qui a travaillé X années chez Ford » – ce qui confirme au passage l’évidente nécessité de tracts thématiques sur les questions sociales locales, financés par la collecte militante et la circulation systématique de chapeaux à toutes les réunions). Avant même le début du mouvement des Gilets Jaunes, les Ford donnaient déjà à voir combien le projet CAME est socialement hors-sol. Mais surtout, les subventions et crédits d’impôt dont Ford a été abreuvé au titre de la compétitivité et du développement de technologies « innovantes » (les fameuses boîtes de vitesse dernier cri) sont un symbole voyant de l’escroquerie à l’innovation, qui mélange esbroufe et chantage permanent à l’emploi, dans tous les domaines industriels. Les autres conflits sociaux s’opposent à l’application de l’agenda compétitivité-attractivité-métropolisation-excellence. La particularité des Ford est de l’attaquer par un autre angle : ils nous rappellent que la start-up nation est un mythe déconnecté des réalités industrielles et sociales du pays.

Il n’a échappé à personne que Bordeaux a été une capitale des Gilets Jaunes, avec des manifestations qui en décembre-janvier réunissaient autant de manifestant·e·s que les cortèges parisiens. Les manifestations bordelaises ont régulièrement pris la forme de sièges du Palais de Rohan. Les symboles du capitalisme métropolitain (banques mais aussi agences immobilières ainsi que la « maison métropolitaine des mobilités », c’est-à-dire la vitrine « alternative » de TBM) ont fait l’objet d’une animosité toute particulière. Les cortèges se réunissent Place de la Bourse, c’est-à-dire entre le Miroir d’Eau et les façades 18e, obstruant symboliquement la vue de carte postale qui résume l’oeuvre d’Alain Juppé à Bordeaux aux yeux du pays. La Rue Sainte-Catherine, symbole du consumérisme, a également vu passer les cortèges durant des semaines. Les blocages de la rocade se sont concentrés sur le tout début du mouvement, et les occupations de ronds-points ont concerné les franges et l’extérieur de la métropole. Dans la ville-centre, le scénario était plus « parisien », avec des Actes successifs marqués par de grandes manifestations. L’espace urbain de la domination a fait l’objet d’une réappropriation symbolique par les exclus de la métropole intelligente, classes intermédiaires paupérisées, retraité·e·s relégué·e·s, employé·e·s condamné·e·s aux migrations pendulaires. On peut penser ici aux images des Champs-Elysées assaillis par le peuple tous les samedis à Paris. La violence exemplaire de la répression policière et la promotion du préfet de Gironde à la Préfecture de police de Paris corroborent cette proximité entre le mouvement des GJ dans Bordeaux même et ce à quoi l’on a assisté à Paris. Il est très difficile de ne pas mettre cette intensité particulière en relation avec la virulence du processus de métropolisation. On peut même se demander si les mobilisations importantes contre la généralisation du stationnement payant dans certains quartiers (Bastide, Saint-Augustin…) n’étaient pas un coup de semonce annonciateur.

En marche contre les libertés fondamentales

La régression sociale s’accompagne depuis trois ans d’une régression fondamentale de l’exercice quotidien des libertés démocratiques. Cette régression se joue actuellement sur deux fronts : un regain d’activisme de l’extrême-droite violente, et la déliquescence de la démocratie représentative et de l’État de droit, dont les violences policières sont la face la plus visible.

Le RN est un parti du capital qui propose une vision pervertie de l’égalité civique, dévoyée en égalité au sein de la communauté ethnique, autour des valeurs construites par les dominants. Ses cadres intermédiaires n’ont jamais adhéré au « socialisme des imbéciles » qu’incarnait la « ligne Philippot » (une ligne qui a elle-même une histoire dans la tradition d’extrême-droite en Europe). Après un bref trou d’air, le RN a repris pied et se pose en seul parti capable de concurrencer frontalement Emmanuel Macron, dans le cadre d’un duel des droites qui ressemble plus à une alliance objective déguisée en rivalité de façade qu’à quoi que ce soit d’autre : les deux blocs au service de la bourgeoisie ont tout intérêt à préempter le monopole du clivage politique en France. Il s’agit notamment de présenter le RN comme le débouché politique normal des Gilets Jaunes, y compris et surtout au moment où ceux-ci adoptent des revendications dont une bonne partie (mais pas [encore] toutes) sont tout à fait compatibles avec les mots d’ordre du mouvement révolutionnaire socialiste et libertaire.

Parallèlement, notamment en matière de politique migratoire et éducative, la politique du gouvernement suit l’agenda de l’extrême-droite traditionnaliste, ce dont celle-ci est parfaitement consciente. Enfin, la mise en œuvre du programme néo- ou ordolibéral de la start-up nation (y compris dans sa dimension géographique), implique la destruction des « masses de granit », c’est-à-dire de l’héritage institutionnel de 1789 fondé sur la notion d’intérêt général (même si ces « masses » étaient bien sûr au service du nouvel ordre bourgeois). Sur le plan de l’histoire des longues des institutions, la métropolisation dont Bordeaux est le fer de lance est une attaque contre l’État républicain organisé selon le double principe d’intérêt général et d’égalité des citoyen·ne·s devant le droit. Cela conduit le gouvernement a retrouver à marche forcée des formes de gouvernement pré-révolutionnaires, sur la communication (« Jupiter ») mais aussi sur les formes légales (les ordonnances) et sur un discours de naturalisation des dominations sociales qui constitue le coeur de la vision du monde de l’extrême-droite, et son point de jonction avec les intérêts de l’oligarchie. L’affaire Benalla et le prurit sécuritaire qui peut conduire un Ministre de l’Intérieur, en séance à l’Assemblée Nationale, à justifier l’agression physique d’un député d’opposition à Bordeaux, sont également des symptômes d’une politique de maintien de l’ordre dans laquelle tous les coups sont permis, au propre comme au figuré, contre le mouvement émancipateur. Il est logique, à cet égard, que le préfet ayant fait de Bordeaux le laboratoire d’une politique de maintien de l’ordre fondée sur l’intimidation a priori des manifestant·e·s ait été promu au rang de préfet de police de Paris.

Ce tournant autoritaire du libéralisme se répercute au niveau du gouvernement local, sous la forme atténuée d’un affaiblissement de la démocratie locale (la « méthode Juppé » en est bien sûr la caricature) mais aussi, dans une large indifférence de la part de la gauche, par la reprise en main des unités de police, municipale notamment, soupçonnées d’être rétives à cette conception uniquement répressive du pouvoir, fondée sur le paradigme de l’état d’urgence. La vigilance antifasciste et la défense des droits civiques sont donc inséparables de la réappropriation citoyenne du pays.

Vers la convergence : Bordeaux populaire contre Bordeaux millionnaire

La démarche d’auto-organisation des habitants sur une base géographique a du sens pour créer un mouvement social. Mais elle aboutit au mieux à un mouvement comme celui des écoles de Chicago, il y a quelques années. À Bordeaux, la problématique est différente. Trois mouvements sociaux ont essaimé, qu’il faut faire converger:

combat des ouvrier.e.s de Ford, qui illustre la non-viabilité sociale du système CAME et peut marquer une étape dans la re-visibilisation du Bordeaux travailleur.

combat des usager·e·s et salarié.e.s des services publics des transports, de la santé et de l’éducation. Ces services publics, au même titre que le droit du travail et la sécu, sont notre « présent en commun », le déjà-là sur lequel nous entendons nous appuyer pour construire une société de l’émancipation individuelle et collective.

combat géographique pour le droit de vivre, travailler et décider au pays, – dont le mouvement des Gilets Jaunes est la pointe avancée. Ce mouvement ne débouchera pas sur un mouvement exploitable dans un sens écosocialiste s’il n’est pas rapidement re-présenté par nous dans les termes de notre programme : sortie de la civilisation de l’automobile (ce qui n’est pas exclusif de la construction de parkings relais, au contraire), développement de transports publics gratuits, mais aussi constructions immobilières massives et défense d’une activité économique diversifiée sur place afin de résorber la division géographique du travail et permettre aux Gilets Jaunes de « vivre, travailler et décider au pays ». Nous devons donc inclure la dimension géographique du programme ordolibéral : l’objectif final est de raccrocher le premier ensemble de conflits aux trois suivants.

Avec ou sans le symbole de Juppé comme adversaire politique local cristallisant en lui toute la folie métropolitaine, nous devons nous réclamer du Bordeaux populaire contre le Bordeaux millionnaire :

Bordeaux millionnaire est une vitrine de luxe greffée sur un campus de technoscientifiques précarisés, au service du capitalisme des données et de l’économie de la connaissance, et qui s’assujettit un arrière-pays de vastes faubourgs prolétarisés où seront relégués les pauvres et leurs enfants, traités comme un vivier de main-d’oeuvre taillable et corvéable à merci.

La métropole, ce projet follement émancipateur et original (Metropolis, Fritz Lang, 1927)

Parce qu’il serait faux d’affirmer qu’une autre métropolisation est possible ou que la construction d’une « métropole sociale » pourrait être autre chose qu’un miroir aux alouettes, Bordeaux populaire est une Commune. Elle repose sur les circuits courts sur les plans urbanistique, économique, et écologique, mais aussi social et démocratique : l’émancipation a sa géographie tout comme l’oppression. C’est la même ville qui est desservie par un réseau dense de transports en commun gratuits ; qui refuse l’opposition économique et démographique des territoires ; qui favorise la décision directe des citoyen·ne·s et l’auto-organisation dans les quartiers ; qui promeut l’autogestion et l’administration collective des Communs.

Deux axes surtout sont à souligner : une politique immobilière de grande ampleur, basée sur la mixité sociale et le soutien à l’activité économique de proximité et de long terme, par le développement d’un patrimoine foncier public, la construction d’un habitat social et écologique de qualité, le recours aux réquisitions de logements vides et aux baux commerciaux et économiques à loyer modérés ; une démocratisation radicale : référendum citoyen, installation de conseils de (micro-)quartiers associant citoyens tirés au sort et représentants des associations d’habitants, d’artisans et de commerçants.

Jean Louis  Bothurel

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